Stone et Charden ont formé le couple de chanteurs le plus célèbre des années 70. Leurs refrains entraînants et populaires, parfaitement en phase avec l'ambiance heureuse de la fin des Trente Glorieuses, sont encore sur toutes les lèvres.
Stone et Charden se rencontrent et tombent amoureux au milieu des années 60. Chanter en duo n'est pas à l'ordre du jour : ils choisissent en effet de débuter leurs carrières respectives en solo.
Eric Charden est né en 1946 au Vietnam, d'une mère chinoise. Au début des années 60, il choisit de travailler dans la musique. Auteur et surtout compositeur, il place certains de ses titres auprès d'autres chanteurs comme Sheila. Poussé par Stone, il finit par interpréter lui-même ses chansons. Charden connaît ainsi son premier gros succès en 1967 avec Le monde est gris, le monde est bleu. Quant à Annie Gautrat, future Stone, elle est née en 1947. Elle débute sa vie professionnelle comme vendeuse de chaussures puis, montée à Paris, travaille dans un cabinet d'études des médias. A cette époque, elle fréquente le Bus Palladium, une célèbre boîte de nuit parisienne. Un soir de 1966, elle y est même élue Miss Beatnik. Elle y rencontre également l'ex-bassiste du groupe Les Pirates, devenu directeur artistique de la maison Polydor. Mais sa carrière de chanteuse ne débute vraiment qu'après sa rencontre avec Charden. C'est à ce moment qu'Annie prend comme pseudonyme Stone, en clin d'½il au surnom que lui donnaient ses amis du Palladium. Ces derniers l'appelaient en effet « petite Stone », estimant que la coiffure de la jeune femme ressemblait à celle du guitariste des Rolling Stones, Brian Jones. De 1966 à 1970, Stone enregistre des adaptations des Beatles (You Won't See Me, devenue Le jour, la nuit) et des Beach Boys (Sloop John B., devenue Fille ou garçon). Elle se voit même offrir une chanson par Serge Gainsbourg, Buffalo Bill. Mais c'est essentiellement grâce à des compositions de Charden, parmi lesquelles Baby Stone et Vive la France, que Stone obtient un petit succès.
Au début des années 70, Stone et Charden n'envisagent pas de faire un duo, chacun préférant continuer sa carrière en solo. Par ailleurs, construire un répertoire commun à deux chanteurs est, à cette époque, une idée presque saugrenue en France. Cependant, poussés par leurs amis, les deux chanteurs décident de mêler leurs voix sur Le seul bébé qui ne pleure pas, un disque de Stone. Le titre remportant un certain succès, il est décidé que le couple chantera à nouveau ensemble. Le projet n'enchante pas Eric Charden. Il compose alors une valse à contre-courant de la production musicale de l'époque, en espérant que la chanson ne marche pas. Mais le public est quant à lui enthousiaste : L'avventura se vend à plus d'un million d'exemplaires. Stone et Charden ne boudent pas leur plaisir et assument pleinement de devenir un couple à la ville comme à la scène. Dès lors, les tubes s'enchaînent : Il y a du soleil sur la France, Le prix des allumettes, Laisse aller la musique, Made in Normandie ou encore L'amour, pas la charité sont largement plébiscités par le public.
Le succès du tandem est tel que d'autres couples d'amoureux chantants se forment bientôt : Sheila et Ringo interprètent Laisse les gondoles à Venise, tandis que Johnny Hallyday et Sylvie Vartan chantent J'ai un problème.
La popularité de Stone et Charden s'explique par la gaieté, l'insouciance et l'optimisme véhiculés par leur répertoire, pleinement en adéquation avec l'ambiance générale de la première partie des années 70. Par ailleurs, les paroles gentiment « patriotiques » de leurs chansons font mouche, particulièrement en Province. Enfin, Stone et Charden projettent l'image d'un couple harmonieux et typiquement français, ce qui leur vaut une véritable sympathie du public.
Parallèlement au duo avec sa compagne, Eric Charden poursuit sa carrière en solo. Il publie ainsi en 1974 14 ans, les Gauloises. En 1975, il crée avec Guy Bontempelli la comédie musicale Mayflower. Le spectacle, produit par Charles Talar (futur producteur de Notre-Dame-de-Paris), est un véritable succès. Roland Magdane, Patrick Topaloff, Gilles Dreux et Gregory Ken, que l'on retrouvera au sein du duo Chagin d'amour, et Stone y participent.
A partir de 1976, le succès de Stone et Charden faiblit lentement. Les 45 tours se vendent moins bien, et Charden souhaite consacrer plus de temps à sa propre carrière. Dans les années qui suivent, il connaît ainsi quelques succès, tels Pense à moi, L'été sera chaud ou le générique du dessin animé Albator. Parallèlement, il offre aussi des chansons à d'autres artistes, dont Marie Laforêt. En 2006, Charden publie un nouvel album réunissant ses plus grands succès, des reprises et de nouveaux titres, ainsi qu'un livre, La baraque au néon.
Quant à Stone, elle publie également des 45 tours après la dissolution du duo : Donne la main à maman, Nous quand on prenait le train, Baptiste ou encore J'ai toujours chanté des chansons d'amour. Mais sa carrière ne décolle pas vraiment. Stone n'en semble pas affectée, heureuse de ne plus être soumise à la forte pression des années de succès.
En dépit de leur séparation, Stone et Charden reforment occasionnellement leur duo. Ils publient ainsi quelques 45 tours ensemble, dont Tous les oiseaux sont des avions (avec leur fils Baptiste) en 1978 et Mon père qui chantait en 1983. On les revoit aussi régulièrement sur les plateaux de télévision, notamment dans les années 90. Encore aujourd'hui, ils honorent des galas et y interprètent leurs succès d'antan devant un public toujours enthousiaste.
Aujourd'hui comme hier, c'est la recherche de l'amusement, du plaisir et de la légèreté qui semble guider Stone et Charden. Une légèreté dont ils sont indéniablement de parfaits représentants, et qui est aujourd'hui plus que jamais nécessaire.